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Imbibé de leur sang, gravé de leurs noms

17.00 €

Philibert Muzima

Imbibé de leur sang, gravé de leurs noms

Témoignage d’un survivant du génocide des Tutsi du Rwanda

Mon père fut emprisonné, torturé et exilé au début des années 60. À son retour au pays, il a vécu dans la peur et l’injustice. En octobre 1990, encore la prison, puis il est tué en avril 94. Mon père est ainsi mort assassiné, avec ma mère, mes quatre sœurs et mes deux frères. Pour quel crime ? Être Tutsi. Ils sont victimes d’un génocide contre les Tutsi du Rwanda. Le Tutsicide. Je survis quant à moi à la décapitation, deux coups de machettes m’ayant fracturé l’os du crâne. Je me vide de mon sang, mais je cours quand même.

Un militaire tire sur moi à l’arme automatique sans m’atteindre. Je m’engage encore dans une course contre la mort. Une meute de Hutu me pourchasse comme un gibier. Ils mettent le feu au buisson qui me cache. Il ne brûle pas. Ils déchaînent alors des chiens entrainés à la chasse pour qu’ils me débusquent et me dévorent. Rien n’est fait. Ils passent la forêt au peigne fin. Ils sont décidés à en finir avec moi, une fois pour toutes. Des cadavres jonchent les rues, le sol est imbibé de leur sang. J’enjambe des morts pour fuir la mort, pour survivre au génocide.



Mots-clés: Colonialisme Génocide Rwanda



« J’ai forgé le néologisme Tutsicide,
n’en déplaise aux académiciens français. »


Jean-Damascène Ndayambaje.

(...) Ils sont morts. Ils sont morts pour ce qu’ils étaient, non pour ce qu’ils faisaient ou ne faisaient pas. Ils sont morts tout simplement parce qu’ils étaient tutsi. Parce qu’ils ne pouvaient pas ne pas être tutsi. Comment s’en départir ? C’était indélébile. C’était écrit. Sur nos cartes d’identité. Dans nos têtes, à nous, à nous tous, Rwandais.

On ne peut s’affranchir de son être. Nul ne peut nous en affranchir. Être Tutsi en 1994, c’était une damnation. Combien d’enfants, en apprenant qu’ils allaient être tués simplement parce qu’ils étaient tutsi, n’ont-ils pas juré de ne plus l’être, en échange de leur vie ? Sans doute pensaient-ils, innocemment, qu’être Tutsi était quelque chose qu’ils pouvaient s’engager à ne plus faire, comme mentir ou voler.

Je veux témoigner pour ces enfants, nos enfants, car mes enfants aussi ont le droit de savoir. Le droit de savoir pourquoi dans nos familles il y a tant de disparus. Pourquoi je porte des cicatrices qui me balafrent le crâne d’une oreille à l’autre. Pourquoi l’histoire du Rwanda est si entachée de sang. C’est mon devoir. Notre devoir à tous. Car ils ont le droit de savoir.

(...)

Il y a des gens qui disent que pour pouvoir vivre, il faut oublier. Est-ce envisageable ? Sérieusement ? Ceux qui nous demandent d’oublier ne se rendent-ils pas compte qu’ils contribuent malgré eux à la négation du génocide ? Si plus personne ne se souvient, y aura-t-il eu un génocide ? Oublier, n’est-ce pas aussi ouvrir la porte à la récidive ? Ceux qui nous demandent de le faire, pensent-ils vraiment que nous en sommes capables, nous qui avons perdu nos parents, nos frères, nos sœurs, nos voisins, nos collègues, nos amis ? Personne ne peut oublier. Je ne peux oublier que mon corps et mon cœur ont souffert, qu’ils portent les marques du mal et que cela n’est pas et ne sera jamais normal.

L’auteur
Philibert Muzima est né à Kibayi-Butare dans le sud du Rwanda, il habite à Gatineau au Québec.

Ancien journaliste et cofondateur de l’Agence Rwandaise d’Information/Rwanda News Agency (ARI/RNA), il travaille actuellement pour le gouvernement fédéral du Canada.

Activiste des droits de la personne en général et des survivants du génocide en particulier, il aime écrire des poèmes.


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Lire la préface sur le site de l’éditeur.

ISBN : 979-10-93440-23-1
400 pages.
17 euros.